lundi 5 mars 2007

CHRONIQUES SENEGALAISES - SAINT LOUIS

Arriver à Saint Louis du Sénégal, c’est se projeter dans l’Histoire.

Après un trajet à travers la campagne sénégalaise, et ses centaines de baobabs, écrasés de chaleur dans un taxi brousse pris à Dakar (les vieux breaks Peugeot 505, qui se comptent ici par milliers...), la ville apparaît enfin, coincée entre l’Océan Atlantique et le Fleuve Sénégal, particulièrement large à cet endroit. A portée de regard, chatouillant l’horizon, des palmiers poussent fièrement sur le sol mauritanien voisin.

Pour entrer dans le Saint Louis historique, bâti en 1659 par des marins de Dieppe, il faut passer le pont Faidherbe, un pont tournant mythique, belle construction métallique, attribuée à tort à Gustave Eiffel. Ce pont, le seul de la ville, est comme une sorte de cordon ombilical. Avant lui, le seul moyen d’enjamber l’immense fleuve était la pirogue.




Les rues du Vieux Saint Louis sont vivaces et désuètes. De magnifiques bâtisses typiques de l’époque coloniale, avec leurs façades de chaux, leurs doubles toitures en tuile, leurs balcons en bois et leurs balustrades en fer forgé, ponctuent les rues, toutes dessinées au cordeau, et formant ainsi un quadrillage serré tout au long de l’île. La vie citadine y est beaucoup moins étouffante et envahissante qu’à Dakar. Des gamins jouent, des calèches passent (certaines transportant des marchandises, d’autres des touristes), des griots volubiles tentent de vous vendre la moitié des djembés de la ville.

Chaque recoin de la ville semble marqué par le temps, comme une vieille peau tannée. Cela force au respect, on sait que nos pieds foule un sol chargé d’histoire.

Elle fut la première ville fondée par les Européens en Afrique occidentale et devint la capitale politique de la colonie française et de l'Afrique occidentale française, jusqu'en 1902, puis capitale du Sénégal et de la Mauritanie. Elle resta un comptoir de commerce français important jusqu'en 1957.
L'aéroport de Saint-Louis était utilisé par l'aviateur français Jean Mermoz, de 1927 jusqu'en 1936, l'année de sa disparition. Il y atterri pour la première fois le 27 mai 1927. Il dormait toujours dans la chambre 219 à l'Hôtel de la Poste, et cette chambre est devenue un lieu mythique pour les nostalgiques de l'aventure de l'Aéropostale.

Nous avons dormi, pour notre part dans un petit hôtel un peu roots mais charmant, l’Hôtel du Palais, tenu par un autre pilote, moins connu et plus pittoresque, Robert… Robert a la main heureuse pour faire des planteurs mémorables, et c’est tant mieux.

Saint-Louis, l’Aéropostale et la Mauritanie, c’est aussi l’occasion de marcher sur les traces de Saint Exupéry, qui effectua de nombreuses missions dans la région pour l’Aéropostale. « Le Petit Prince » et « Terre des Hommes » sont deux de ses œuvres magistrales dont l’action se situe dans la région.

A Saint Louis, comme dans tout le Sénégal, il y a moyen de se régaler. Gambas énormes et fraîches, dibiterie (viande de mouton ou de poulet grillée au feu de bois), bière fraîche, et… planteur de Robert…
La musique, omniprésente, comme partout en Afrique, offre de belles soirées, comme par exemple un concert d’artistes maliens, ou djembés, kora, balafon, et piano à bois résonnent dans la cour rose d’une vieille esclaverie. A cette occasion, fondu dans un anonymat rassurant, on peut même taper sur un djembé basse le temps d’un morceau, souvenir mémorable, instant musical décalé et finalement authentique, même si les sourires et compliments sont sans doute plus commerciaux que sincères (mais allez savoir, il y a peut-être des Guem qui s’ignorent….)

La région de Saint Louis, c’est aussi une nature grandiose, aride et surprenante… La Langue de Barbarie, lagune de verdure coincée entre l’océan et le fleuve, le Sahel, sec et immense, comme l’éternel chuchotement de l’infini Sahara voisin, et le Parc Naturel du Djoudj, troisième réserve ornithologique mondiale (c’est là que se termine le film « Le Peuple Migrateur »), dont la visite en pirogue vaut définitivement le détour.



Sur 160 km², on se perd alors dans les mangroves, on navigue dans des prairies fluviales vertes comme des champs normands, à l’affût de mille oiseaux (400 espèces recensées dans le parc qui compte, à la meilleure saison (l’hiver français) 3 millions d’habitants à plume), dont des colonies entières de pélicans (souvenir inoubliable : l’odeur, très très forte, qui règne autour des nichoirs des pélicans, ou des milliers d’oiseaux s’entassent), mais aussi des hérons pourpres, des aigrettes, des jacanas, des spatules, des ibis royaux, des cormorans, des marabouts, des poules d’eaux, des martins pêcheurs, des aigles pêcheurs, de nombreux échassiers et plusieurs espèces de canards (entre autres…). On y voit facilement d’immenses varans, ou d’accueillants crocodiles. Les chanceux, peuvent aussi y croiser des chacals, des singes, des hyènes et des gazelles.

Dans ces immensités sauvages, on se sent libres, sereins, on sent nos ailes pousser, et nos cœurs battre, on suit, comme des enfants gâtés, l’itinéraire d’une vie rêvée le temps de quelques instants hors du monde.

2 commentaires:

Emma & Steph a dit…

OUha, je ne savais pas que vous aviez été dans une telle reserve ornitho !!!!T'as d'autres photos , t'as vraiment vu tout ce que tu cites ? J'avoue, je suis jalouse !

dominique a dit…

À propos du Petit Prince, on peut lire un récit au livre (en espagnol) Este Sol de la Infancia (écrit par Saiz de Marco). Son titre est «Ce n´est pas un mot ».

CE N´ EST PAS UN MOT

Ce matin j´ai rentré au temps, cours de franÇais, treize ans, quand Marie dit « Nous allons lire Le Petit Prince ». C´est un livre étrange, avec d´ émotions connues qu´ on ne peut pas exprimer. Chaque jour deux pages, mais maintenant c´ est impossible de s´ arrêter. J´ai besoin de le lire entier, donc je cherche au dictionnaire les mots que j´ ignore. Cependant « baobab » n´apparait pas. Je demande à Marie et elle me dit « ce n´est pas un mot franÇais, c´ est un arbre africain ».

C´ est à cause des baobabs que le Petit Prince est venu à la Terre. Il avait besoin d´ un agneau qui mangeait les burgeons de baobabs, avant qu´ ils grandissaient et faisaient éclater son petit astre.

Ce matin nous avons fait l´ essai. Ces singes s´ alertent entre eux quand ils voient un prédateur. Si celui qui attaque est un aigle, ils font un son pour que leurs compagnons se cachent aux arbustes ; si celui qui vient est un félin, ils font un son différent por leur dire qu´ ils doivent grimper à un arbre. Quelques zoologistes appelons « proto-mots » à ces sons. Et ce matin, quand le singe était près de notre poste d´ observation, je l´ ai écouté. Quand le singe a vu qu´ une lionne s´ approchait, il a ouvert ses lèvres et a dit clairement « baobab ».