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vendredi 6 avril 2007

CHRONIQUES SENEGALAISES - NIASSAM

Il y a de courts moments assez exclusifs dans votre vie, ou votre existence éveillée est encore mieux que vos rêves endormis.

Ce fut le cas, à Niassam, au Lodge des Collines, au sud du Sénégal, dans la grande mangrove du delta du Sine Saloum, à quelques poignées de sables de la frontière gambienne.

Là, au bord d’un bras perdu du fleuve Sine Saloum, un couple d’heureux aventuriers a créé un lodge idéal, écologique et luxueux.

Respectueux de la nature, l’ensemble architectural du site se décline selon les éléments naturels. Certaines chambres sont nichées dans de petites maisonnettes de bois, perchées au cœur de baobabs séculaires, dont les troncs sont un mur de votre salle de bain. D’autres sont posées sur des pilotis, au bord de l’eau paisible du bras de fleuve. D’autres sont de beaux bungalows en terre, au creux de la végétation locale. Chaque détail est étudié avec un soin et un raffinement délicat et inspiré.

Poser ses valises le temps de deux nuits dans cet endroit est une expérience unique qui vous offre les plus précieux cadeaux : liberté, sérénité, temps, silence, beauté, nature.

Sur votre lit, ou dans votre hamac, en haut de votre baobab, vous ressentez alors l’immense tranquillité du bonheur vous bercer.

Vous voilà prêt à admirer la symphonie de couleur que sait si bien jouer la nature, le temps des levers et des couchers de soleil.



Une plénitude totale vous envahit, et régule tout votre être. Magie des grands espaces africains, après des heures de routes et de piste chaotique depuis Dakar. Tout autour du lodge, mille surprises naturelles s’offrent à vos yeux : baobabs aux formes merveilleuses, puits de sels multicolores, oiseaux variés, faune discrète mais à la présence permanente, océan tout proche… Vous pouvez découvrir les richesses de la région par de multiples moyens : équitation, attelage, 4x4 (beaurk !), promenade, pirogue, ULM…


L’activité conseillée reste toutefois, dans ce lieu préservé et hors du monde, le farniente, la méditation, la lecture… et l’amour, si vous partez à deux, que vous pouvez décliner là de mille façons… Oui, voilà un bel endroit pour aimer bien !

Enfin, la piscine naturelle est là pour vous rafraîchir les idées, le bar et ses rhums arrangés est là pour les réchauffer… Sans oublier le restaurant, qui joue la carte de la gastronomie conjuguée selon les arrivages du marché local… Beaucoup de poisson, mais toujours très bon !

Et puis surtout… Dormir dans une chambre en bois perchée en haut d’un baobab…. Se réveiller face à une nature majestueuse et infinie, et prendre son petit déjeuner, seuls au monde, sur une table dressée sur pilotis au milieu de l’eau, au petit matin… Ca, c’est un beau rêve à réaliser ! Un souvenir idéal et partagé, que je conseille vivement de faire exister si un jour vous vous rendez au Sénégal…


http://www.niassam.com/

dimanche 18 mars 2007

CHRONIQUES SENEGALAISES - LE LAC ROSE

A quarante kilomètres de Dakar, il y a le mythique Lac Rose, renommé pour ses deux aspects principaux : sa couleur, et l’arrivée du Paris Dakar.

Se rendre au Lac Rose depuis Dakar, c’est déjà faire preuve de beaucoup de patience. Il faut sortir de la capitale par son seul axe routier, qui mène à Rufisque, une vieille nationale cabossée, et surchargée par un trafic hétéroclite et poussiéreux : bus et poids lourds mathusalémiens, voitures antiques et authentiques, charrettes à chevaux, etc…
Bref, il faut bien compter deux heures pour faire ces quarante petits kilomètres.

Puis, petit à petit, le chaos urbain fait place au calme aride de la nature sénégalaise. Un sol sablonneux, une végétation sèche, et, d’un coup, le lac, plus ou moins rose, en fonction de la luminosité et du temps, apparaît enfin.

Le Lac Rose est rose non pas à cause des milliers de flamands roses qui y séjourneraient, comme beaucoup semblent le croire (il n’y a en fait aucun flamand rose au Lac Rose), mais à cause de la très forte salinité des eaux du Lac, qui est en fait une ancienne lagune de l’océan, enfermée au fil du temps dans un étau de sable. Les eaux du lac sont même plus salées que celles de la Mer Morte, ce qui empêche évidemment toute forme de vie de se développer en leur sein, et qui attire aussi de nombreux sénégalais qui vivent de la récolte du sel.

Des villages de « pêcheurs de sel » sont donc installés le long des rives arides du Lac Rose, rives ponctuées de centaines de tas de sel et de graviers, que les villageois s’affairent à trier et empaqueter.

Sur la rive sud de lac, de nombreux complexes touristiques style « village da cases vacances » ont poussé, ce qui n’est pas très authentique.

Après une trentaine minutes de piste très chaotique, on peut atteindre la rive nord, celle qui est située sur le mince bras de terre qui sépare le lac de l’océan. Sur cette rive, personne, ou si peu, et un gîte équestre assez fabuleux, le « Couleur Café », où quatre petites cases en terre sont prêtes à accueillir ceux qui cherchent le calme sauvage et la sérénité minimaliste.

C’est là qu’il faut poser son bagage pour une nuit.

Ainsi, vous pourrez écouter la profondeur du silence africain, seulement troublé par des chants d’oiseaux et le grondement sourd de l’océan sauvage, à un kilomètre de là. Dans votre fauteuil d’osier, au pied de votre case, vous regarderez le lac devenir plus rose, moins rose, plus rose, moins rose, et les pirogues de « pêcheurs de sel » aller et venir.

Puis, il sera temps d’une balade à cheval. Dans les dunes de sable qui conduisent à l’océan, c’est la promesse d’une heure épique et romanesque, un de ces instants purement magiques comme la vie en offre parfois. Vous voici dans « Lawrence d’Arabie », dans « le Patient Anglais », dans « Indiana Jones », dans « Out of Africa » ou dans « Hidalgo ». Sur votre cheval, plus rien n’existe que le sable, l’air, le bruit de l’océan et la grandeur de vos sentiments. Alors, arrivé sur la plage déserte, brute, et infinie, vous hâtez votre monture, et volez doucement, d’un trot enlevé, au dessus des flots.

Le soir venu, une surprise gastronomique vous attend, totalement inattendue au milieu de nul part… Le propriétaire du « Couleur Café » développe sa propre carte de mets, en fonction des produits du marché du village voisin. C’est un subtil mélange de notes raffinées et de bricolage culinaire qui ravit les papilles et pose un point final parfait à une belle journée, où il ne vous reste plus qu’à compter les étoiles, dans le ciel et dans vos yeux. Sont-elles au même nombre ?

lundi 5 mars 2007

CHRONIQUES SENEGALAISES - SAINT LOUIS

Arriver à Saint Louis du Sénégal, c’est se projeter dans l’Histoire.

Après un trajet à travers la campagne sénégalaise, et ses centaines de baobabs, écrasés de chaleur dans un taxi brousse pris à Dakar (les vieux breaks Peugeot 505, qui se comptent ici par milliers...), la ville apparaît enfin, coincée entre l’Océan Atlantique et le Fleuve Sénégal, particulièrement large à cet endroit. A portée de regard, chatouillant l’horizon, des palmiers poussent fièrement sur le sol mauritanien voisin.

Pour entrer dans le Saint Louis historique, bâti en 1659 par des marins de Dieppe, il faut passer le pont Faidherbe, un pont tournant mythique, belle construction métallique, attribuée à tort à Gustave Eiffel. Ce pont, le seul de la ville, est comme une sorte de cordon ombilical. Avant lui, le seul moyen d’enjamber l’immense fleuve était la pirogue.




Les rues du Vieux Saint Louis sont vivaces et désuètes. De magnifiques bâtisses typiques de l’époque coloniale, avec leurs façades de chaux, leurs doubles toitures en tuile, leurs balcons en bois et leurs balustrades en fer forgé, ponctuent les rues, toutes dessinées au cordeau, et formant ainsi un quadrillage serré tout au long de l’île. La vie citadine y est beaucoup moins étouffante et envahissante qu’à Dakar. Des gamins jouent, des calèches passent (certaines transportant des marchandises, d’autres des touristes), des griots volubiles tentent de vous vendre la moitié des djembés de la ville.

Chaque recoin de la ville semble marqué par le temps, comme une vieille peau tannée. Cela force au respect, on sait que nos pieds foule un sol chargé d’histoire.

Elle fut la première ville fondée par les Européens en Afrique occidentale et devint la capitale politique de la colonie française et de l'Afrique occidentale française, jusqu'en 1902, puis capitale du Sénégal et de la Mauritanie. Elle resta un comptoir de commerce français important jusqu'en 1957.
L'aéroport de Saint-Louis était utilisé par l'aviateur français Jean Mermoz, de 1927 jusqu'en 1936, l'année de sa disparition. Il y atterri pour la première fois le 27 mai 1927. Il dormait toujours dans la chambre 219 à l'Hôtel de la Poste, et cette chambre est devenue un lieu mythique pour les nostalgiques de l'aventure de l'Aéropostale.

Nous avons dormi, pour notre part dans un petit hôtel un peu roots mais charmant, l’Hôtel du Palais, tenu par un autre pilote, moins connu et plus pittoresque, Robert… Robert a la main heureuse pour faire des planteurs mémorables, et c’est tant mieux.

Saint-Louis, l’Aéropostale et la Mauritanie, c’est aussi l’occasion de marcher sur les traces de Saint Exupéry, qui effectua de nombreuses missions dans la région pour l’Aéropostale. « Le Petit Prince » et « Terre des Hommes » sont deux de ses œuvres magistrales dont l’action se situe dans la région.

A Saint Louis, comme dans tout le Sénégal, il y a moyen de se régaler. Gambas énormes et fraîches, dibiterie (viande de mouton ou de poulet grillée au feu de bois), bière fraîche, et… planteur de Robert…
La musique, omniprésente, comme partout en Afrique, offre de belles soirées, comme par exemple un concert d’artistes maliens, ou djembés, kora, balafon, et piano à bois résonnent dans la cour rose d’une vieille esclaverie. A cette occasion, fondu dans un anonymat rassurant, on peut même taper sur un djembé basse le temps d’un morceau, souvenir mémorable, instant musical décalé et finalement authentique, même si les sourires et compliments sont sans doute plus commerciaux que sincères (mais allez savoir, il y a peut-être des Guem qui s’ignorent….)

La région de Saint Louis, c’est aussi une nature grandiose, aride et surprenante… La Langue de Barbarie, lagune de verdure coincée entre l’océan et le fleuve, le Sahel, sec et immense, comme l’éternel chuchotement de l’infini Sahara voisin, et le Parc Naturel du Djoudj, troisième réserve ornithologique mondiale (c’est là que se termine le film « Le Peuple Migrateur »), dont la visite en pirogue vaut définitivement le détour.



Sur 160 km², on se perd alors dans les mangroves, on navigue dans des prairies fluviales vertes comme des champs normands, à l’affût de mille oiseaux (400 espèces recensées dans le parc qui compte, à la meilleure saison (l’hiver français) 3 millions d’habitants à plume), dont des colonies entières de pélicans (souvenir inoubliable : l’odeur, très très forte, qui règne autour des nichoirs des pélicans, ou des milliers d’oiseaux s’entassent), mais aussi des hérons pourpres, des aigrettes, des jacanas, des spatules, des ibis royaux, des cormorans, des marabouts, des poules d’eaux, des martins pêcheurs, des aigles pêcheurs, de nombreux échassiers et plusieurs espèces de canards (entre autres…). On y voit facilement d’immenses varans, ou d’accueillants crocodiles. Les chanceux, peuvent aussi y croiser des chacals, des singes, des hyènes et des gazelles.

Dans ces immensités sauvages, on se sent libres, sereins, on sent nos ailes pousser, et nos cœurs battre, on suit, comme des enfants gâtés, l’itinéraire d’une vie rêvée le temps de quelques instants hors du monde.